« J’AURAIS VOULU ÊTRE UN ARTISTE ? » – Sarah Halfin

Est-ce que vous aussi vous avez au fond de vous des parts encore enfants qui rêvent très grand ? Qui fredonnent de temps en temps qu’elles auraient voulu être un artiste, un chanteur, un acteur, pour pouvoir crier qui elles sont et pour pouvoir se trouver belles, sur un grand écran en couleurs, quand l’avion se pose sur la piste, à Rotterdam ou à Rio, comme dans la chanson de Starmania ?

Vous aurez beau me dire que non, les selfies postés chaque seconde de part le monde trahissent visiblement de telles aspirations. (Voir nos manques d’aspirations, mais ça c’est un autre sujet.)

Maintenant, question : quid si vous pouviez choisir entre votre vie actuelle ou une autre exactement pareille (enfants, maris, parents, tout pareil), mais avec un quotidien, jour après jour après jour, plus proche de ceci-ci :

Vous vous levez le matin, seul(e), dans un lit qui n’est pas le vôtre. Les draps sont repassés mais la déco impersonnelle. Votre valise n’est même pas défaite, ce soir vous changez à nouveau de ville de province. Il est 6h du matin à peine, 3 personnes s’approprient déjà votre peau et vos cheveux. Comme chaque jour, elles y apposent des tonnes de substances ultra riches en perturbateurs endocriniens. Vous passez 80% de votre journée, dans des vêtements qui ne sont pas à les vôtres, à attendre, attendre, … dans une caravane réchauffée par un chauffage d’appoint. Ce weekend, vous ferez fi à nouveau du flight shaming, pour rentrer en métropole embrasser vos enfants et les entendre vous raconter à quel point Sophie la nounou est géniale.

Alors est-ce toujours à regret que les paroles de Michel Berger résonnent dans votre tête ? Parce que tout ça, c’est le quotidien d’un acteur dans le meilleur des cas, càd quand il a réussi comme on dit, quand il s’appelle Guillaume Canet ou Marion Catillard au féminin.

Alors, on échange toujours 99% de son quotidien actuel pour 1% de rêve d’enfants et d’effets hollywoodien ?

Parce que le mot clé ici, c’est le quotidien. C’est lui qui remplit notre vie et pourtant notre inconscient qui rêve grand le prend souvent pour un détail. Bon, acteur par intermittence, par définition c’est possible.

Mais en revanche, « maman » et « épouse », c’est un package qui correspond à 100% de quotidien, 100% du temps.

Est-ce cela qui expliquerait dans le fond l’article* publié dans le Guardian la semaine passée, qui a fait grand bruit parce qu’il affirme que de récentes études indiquent que le sous-groupe le plus heureux de la population serait les femmes célibataires et sans enfant ?

Je laisse quelques secondes pour digérer l’information à ceux qui la découvrent à l’instant…

Moi qui fais partie des heureuses élues visiblement (célibataire et sans enfants tout le moins pour l’instant), je vous rassure j’en suis la première surprise. Avoir des enfants, se marier avec l’être aimée, on le sait bien, c’est pourtant le rêve par excellence des petites filles et de leurs parents pour celles-ci. Et sa réalisation, encore aujourd’hui un signe de réussite sociale.

Bon je l’avoue, avec cette étude aussi, je suis un peu rassurée – en fait, surtout de pouvoir rassurer mes proches. Regardez, preuve à l’appui, tout va bien pour moi, merci ! Puisqu’on vous dit que ma vie est un apéro géant…

Mais plus sérieusement ma plus grande surprise vient du fait qu’aucune de mes amies avec mari et enfants avec qui j’en ai discutées ne furent, quant à elles, véritablement surprises par la publication. Je vous assure pourtant leur mariage est heureux, leurs enfants magnifiques, elles les aiment plus que tout au monde. Parfois, elles sont quelques cernes mais toujours le sourire aux lèvres.

SO WHAT THE F*** IS HAPPENING HERE ?

Elles me font remarquer que dans les faits, le prince, tout charmant soit-il, partage leur quotidien (on y revient) une heure par jour en moyenne et que son humeur n’est pas tout le temps charmante sur cette mince tranche de quotidien. Et les enfants, tout rayon de soleil soient-ils, c’est 99% de son propre quotidien (tant mental que physique) dévoué aux siens et aux tâches du quotidien.

Comme pour nos artistes à succès et nos princesses de conte de fée, à force de se focaliser sur le résultat, de se concentrer sur l’objet du désir, on en oublierait presque le chemin qui va avec… et qui prend donc dans cette chronique le nom de quotidien. Avoir du « Me Time » (du temps pour soi) au quotidien ne faisait pas partie de nos rêves d’enfants, mais visiblement c’est un rêve de grand !