Jolie panique à bord ! 

Alors, question. Est-ce que vous aussi vous avez parfois dans la tête cette petite voix qui vous dit qu’il est temps de vous lancer, de faire enfin ce dont vous avez vraiment envie. Ecrire un roman, lancer votre boîte, faire un one-man show – comme dans le cas de mon ami Julien… Mais y a juste un tout petit détail qui revient à chaque fois : vous n’avez pas assez confiance en vous. A l’idée même, vous avez tellement peur … de votre peur que vous restez figé. Un vieux reflex bien connu de notre cerveau reptilien quand il perçoit un danger vital.

Sauf qu’ici, aux dernières nouvelles, on n’est pas en danger de mort et on en a déjà déplacé des montagnes au moins aussi grandes. Non, objectivement, c’est ridicule, on ne risque pas grand-chose. C’est même le contraire : c’est si on ne fait rien, qu’on risque quelque chose, du genre passer à côté de sa vie par exemple.

Alors, je crois avoir compris une chose que j’avais envie de partager avec vous aujourd’hui. Cette peur paralysante, c’est très souvent un enfant en nous qui panique pour cause de RONI (raison originale non identifiée). Au point de paralyser tout notre système. Alors, je vous le dis tout de suite, par la raison, vous n’arriverez pas à le calmer, IL A 3 ANS ! Et à son âge, c’est le danger perçu qui compte ; le réel – connaît pas encore.

Alors il aura beau regarder avec vous tous les shows télévisés d’Oprah, lire tous les livres du Dalai Lama, je ne suis pas sûre qu’il intégrera le message. Bien sûr qu’ils ont raison nos gourous du zen et nos prêtresses de l’audimat, la peur est une pure perte de temps ! Votre mental d’adulte qui a déjà pondu des miracles est bien d’accord, mais on dirait bien que ce n’est pas lui qui décide cette fois. Et l’enfant, lui, il culpabilise et il panique d’autant plus avec toutes les injonctions qu’on lui inflige.

Dans le cas de mon pote Julien par exemple, il ne le sait pas lui-même mais il a ressenti que le clown qui riait tout le temps qu’on a fait venir à sa fête d’anniversaire était un tueur en série. Depuis et dans le doute il préfère l’austérité au risque d’être responsable d’un massacre de masse s’il fait rire quiconque aux éclats. Donc un conseil pour commencer : arrêtez de l’engueuler comme du poisson pourri à coups de mantras, du genre mais souris à la vie ! Gros rigolo, c’est justement pour garder la vie sauve qu’il ne sourit pas à gogo.

(Alors) Tout le paradoxe, c’est là où ça complique, c’est qu’au final, c’est toujours dans la rencontre avec le réel qu’on développe la confiance dont on a besoin. C’est seulement dans l’action que cet enfant en vous réalisera que sa peur n’est pas fondée, qu’il a peur en fait de combats qu’il n’a pas menés, que le mot combat lui-même n’est pas approprié. Le philosophe Charles Pépin dédit un chapitre entier à ça dans son nouveau livre. Vous avez peur de franchir le cap, vous manquez de courage ? Eh bien, le courage vient en y allant, qu’il dit Charles.

Et c’est vrai. Mais la croyance de l’enfant est bel et bien là et viscérale. Après coup, le petit Julien a vu la video des préparatifs de son anniversaire, il a vu son oncle Samuel s’habiller en clown, mais son imagination est débordante (et comme il est ashkénaze en plus, je vous raconte pas): qui lui dit qu’elle était authentique la vidéo. Que c’était pas une reconstitution qu’on a réalisée par après parce qu’on en avait marre qu’il ne veuille plus s’habiller qu’en noir depuis lors ? Au moins, avec le métier de banquier qu’il a choisi, il ne risque rien, et en plus papa et maman sont contents (alors eh).

Bon, ben, c’est génial, on est au 2/3 de la chronique, on a consulté tout le monde et on n’est pas plus avancer.

Alors, voilà, moi j’avais envie de vous proposer aujourd’hui une autre stratégie : permettre à l’enfant de rester dans sa caverne confortable, où il se sent à l’abri. Non. Il ne doit pas absolument sortir de là faute de quoi il vous fera passer à côté de votre vie. Vous savez maintenant qu’il est là et vous allez pouvoir l’observer du haut de votre mirador.

Et de savoir ça, ça change tout ! (Ah) Bien sûr, c’est subtil, mais avec de la pratique, on peut arriver à ne pas toujours subir nos parts bloquées comme des boulets, mais à les voir plutôt comme des versions brutes de nous-même qui ont beaucoup de choses à dire et beaucoup d’imagination, autrement dit comme une source de créativité providentielle. Même procrastiner alors, ce n’est plus ne rien faire pour peu qu’on s’observe avec intérêt pendant ce temps.

Et puis, qui sait, une fois que vous aurez établi un lien sincère avec cet enfant paniqué en vous, qu’il sentira qu’il peut vous faire confiance et que vous l’aimez déjà complétement tel qu’il est, il aura peut-être bien envie d’y aller finalement. Julien ne va peut-être pas monter sur scène ce soir. Mais ensemble, l’enfant et lui l’adulte rationnel qui gère des M$ noirs et blancs pour des very important clients en black tie, ils pourraient bien alors se découvrir une passion à collectionner de magnifiques objets colorés pour décorer leur caverne adorée.

Julien est une image mais en ce qui me concerne, preuve en est la présente chronique. Pour ne rien vous cacher, je croise juste les doigts pour que cela ne se voit pas trop quand même que c’est une enfant de 3 ans qui l’a écrite.