« MIEUX VAUT RIEN QU’UNE MIETTE DE PAIN » – Sarah Halfin

Alors, pourquoi mieux vaut RIEN qu’une miette de pain ?

L’image de la « miette de pain » fait allusion à une technique de « drague » apparemment en plein essor : le breadcrumbing. Littéralement, le fait de « recevoir des miettes de pain ».

Phénomène qui s’applique quand quelqu’un vous donne suffisamment de nouvelles pour vous laisser espérer une relation, mais que rien de concret n’arrive jamais. L’idée étant de vous garder sous le coude, histoire de vous avoir à dispo si rien de mieux ne se présente.

Les réseaux sociaux seraient le terrain de prédilection des breadcrumbers. Concrètement, cmt ça se passe ? Après des semaines de silence, on reçoit un commentaire sur un de nos posts, du genre « salut ça va ? J’ai pensé à toi, j’ai vu le dernier Tarantino ». On recommence à échanger avec la personne, c’est fluide, plein d’esprit, on se met à attendre avec impatience ses réponses dans l’espoir que ça évolue … une certaine addiction se crée… et puis tout à coup… plus rien. Jusqu’à la prochaine fois !

D’où l’image des fameuses miettes de pain, qui vous donne faim sans jamais vous rassasier. Et ces miettes de pain, on les retrouve dans tous les domaines de la vie, pas que dans le dating : passer la soirée avec une connaissance sans intérêt juste pour être occupé, parler à quelqu’un juste pour se donner une contenance, se contenter d’un job qui ne fait pas sens juste pour remplir son CV, etc etc (bien sûr à chacun sa ou ses miettes de pain).

Tout ça parce qu’intuitivement, on a tendance à penser que si on a faim, mieux vaut manger des miettes que rien. MAIS ce serait illusoire, et pour illustrer mon point, je vais m’appuyer librement sur le très beau livre du célèbre astrophysicien Trinh Xuan Thuan, intitulé « La plénitude du vide »*.

Titre qui sous-entend donc que le vide serait plein.

Et effectivement, l’auteur explique comment la physique contemporaine a démontré que le vide physique n’est pas un néant inerte, mais qu’il est en fait au contraire …rempli. De quoi ? De potentialités. En effet, c’est la réalité : des particules éphémères émergent constamment du vide, comme le fameux boson de Higgs par exemple dont on a beaucoup entendu parler il y a qq années.

Et le scientifique rajoute une dimension spirituelle à son exposé, puisqu’il explique que les taoïstes et bouddhistes avaient déjà, par intuition, pressenti cette vérité fondamentale il y a 2500 ans, à savoir que rien, ce n’est pas rien, c’est même plutôt le contraire.

Pour eux, c’est le Vide qui engendre le contenu matériel de l’univers et qui permet aux potentiels de se réaliser. C’est vrai pour la matière, mais aussi pour l’homme, la créativité et pour toute avancée.

Or, dans nos sociétés occidentales, où on a surtout appris à « faire » et très peu à « être », on va systématiquement chercher nos réponses à l’extérieur de nous – et on fuit coûte que coûte le rien, c’est-à-dire la solitude, le silence, l’inaction ou encore l’action sans but immédiat.

Et un effet d’optique s’opère alors incontestablement : comme on se focalise sur la miette de pain (donc sur l’alternative mitée que l’on préfère au rien), elle prend l’allure d’une montagne placée juste devant nos yeux, qui nous empêchent de voir d’autres potentiels plus providentiels.

Votre mental résiste en ce moment je le sens (il veut bien tout au plus jeter un œil au fameux livre de ce Trinh Xuan Thuan pour peu qu’il se souvienne de son nom à l’issu de la chronique, ce qui n’est pas gagné…), mais votre cœur sait que j’ai raison :

Puisque le vide est fécond et le breadcrumber un gros con, ce soir on éteint son iPhone et on profite. De quoi ? Pour commencer … de sa respiration.

Je ne garantis pas qu’avant ma détox personnelle, je ne serai pas tenté de remercier mon breadcrumber du moment pour l’inspiration de la présente chronique, mais comme je sais déjà qu’il ne répondra soit rien, soit « mais, de rien », donc dans tous les cas un vrai rien, je n’en ferai rien, tiens ! Par contre… quid de poster vite fait, l’air de rien, le texte de la chronique sur facebook? Décidément, être un humain 2.0, ce n’est pas rien !

* « La plénitude du vide», Trinh Xuan Thuan, Albin Michel, Janvier 2016